LA CHRONIQUE à yvon

Dernière mise à jour le 9/04/12

 

 

 


La chronique du 22 décembre 2012

Dis p’pa, c’était comment toi l’école ?

- Alors mon grand cette rentrée en 6è, ça a été?
- Bof !
- Ah! mais qu’est-ce qui ne t’a pas plu?
- Bah j’ai plein de profs différents et j’suis un peu perdu.
- C’est pas grave ça, tu vas te faire des copains et tu vas t’habituer aux différents cours.
- Ouais mais les profs ont dit que ça serait difficile car on est 30 dans la classe. Ils pourront même pas aider tout le monde car ils auront pas le temps.
- 30???
- Enfin si, y veulent bien nous aider mais ce sera le soir. Et en techno on est 3 par ordinateur et le prof il crie tout le temps parce que y’a trop de bruit.
- Bon à part la techno raconte-moi les autres cours.
- La prof de Français elle est sympa mais elle a dit qu’on devra aller très vite.
- Et pourquoi?
- Bah elle attend un bébé et elle dit que y’aura personne pour la remplacer quand elle partira. En plus j’ai 3 heures avec elle et 2 heures avec un autre prof. Mais c’qui m’énerve le plus c’est que j’adore la musique mais pour l’instant on n’a pas de prof.
- Tu dois te tromper mon chéri, tu as dû oublier de noter son nom c’est tout.
- Non, non! on n’en a pas et en 6è2 c’est pareil. Y parait qu’ils cherchent quelqu’un.
- Ah bon!
- Oui et y’a même des 5è qui n’ont pas de sport non plus.
- C’est vraiment bizarre ça.
- Sinon le mardi midi j’ai que 30 minutes pour manger.
- Et pourquoi?
- Bah not’ prof principal nous a dit que le prof de SVT comme il travaille aussi ailleurs, il peut pas faire cours après 14h donc on l’a de 12h30 à 13h30.
- Bon! et c’est bon au moins la cantine.
- Oui ça va mais le cuisinier il crie aussi, parce qu’on n’avance pas assez vite.
- Et les maths alors, il est gentil M. Thalès?
- Mais c’est pas lui en fait qui nous fait cours, il est malade j’crois. Mais la dame qui le remplace elle dit que ça va être un peu dur au début parce qu’elle a jamais été prof.
- Mais c’est pas possible.
- Si, si, elle a dit qu’elle était surveillante l’année dernière mais qu’elle a fait des études maintenant. De toute façon Valentin il m’a dit que son grand frère, l’année dernière, il avait eu 4 profs de maths dans l’année.
- Et Arthur il est dans ta classe?
- Non il est en 6è3 et y sont 31 dans sa classe.
- Tout ce que tu me racontes me surprend quand même!!
- Ah bon? mais dis p’pa, c’était comment toi l’école?
- …



Yvon PABIEN’H

   


La chronique du 23 juin 2011

Etre « T’es ZR » !

Etre TZR c'est envisager l'improbable vu qu'il faut être prêt à tout, tellement on est balèze en EPS : un collège ok, un lycée ok, un LP d'accord, un EREA mais oui !... Je l'ai pas celui-là, une triplette sur stagiaire avec plaisir et puis si en plus c'est hors zone alors c'est la cerise sur le gâteau.
Cela permet d'écouter Bernard GUETTA sur France INTER, bien que maintenant je suis plus France CULTURE et « les chemins de la connaissance », j'ai moins l'impression de subir le chemin.
Ensuite TZR, il y en a de deux espèces : les sédentaires, ceux que vous voyez toute l'année et les furtifs, les mobiles ceux qui sont déjà partis quand on se dit mais « qui c'est » ? Les précaires du poste fixe, les titulaires des bouts de boulot !!!
Mais le pire pour un TZR, c'est tout le reste ! Un coup de fil du rectorat pour effectuer un remplacement qui commence à 8h… Il est 10h : dommage déjà en retard avant de commencer et ça le(la) patron(ne) il/elle sait bien vous le faire sentir … quand c'est pas lui/elle qui vous appelle pour savoir pourquoi vous n'êtes pas encore arrivé.
Les 48 heures de délais de mise en place on vous les accorde rarement, un jour à la rigueur et encore il faut négocier. Pour vous accueillir c'est souvent les civilités de rigueur et encore … et c'est là que tout commence …
Pour les informations importantes, celles qui permettent de travailler : rien, nada, genre la liste des classes, les clés, les installations, les informations sur tel ou tel élève, tel ou tel problème de fonctionnement, ou de point du règlement intérieur ... On n'a pas juste besoin que de l’emploi du temps quand même !!!
Et ça ami TZR, si tu vas pas le chercher, ça arrive rarement tout seul !
Ensuite le collègue que tu remplaces c'est pareil : « oui, toi qui es tombé dans ta douche, ou toi qui t’es fait enfumer par un élève en C.O et que tu as voulu rattraper », pense au TZR qui va tenter de t'arriver à ta cheville plâtrée devant tes élèves, en reprenant tes cours que justement tu as oublié de lui transmettre pour lui faciliter le travail ?
Mais non, un TZR on le côtoie mais c'est jamais le sien car étrangement celui qui nous remplace on ne le voit jamais pour la simple raison qu’on n’est pas au bahut, on est en arrêt ! ... Alors dans la mesure du possible chers (ères) collègues, laissez des infos aux TZR pour qu’ils plongent au plus vite et dans les meilleures conditions à votre place.
Et pour finir ce petit bilan d'une année de remplacement bien remplie (8 établissements, sur 3 ZR différentes, 3 jours sans poste sur l'année), un petit mot sur le dernier remplacement. Entretien avec la principale du collège qui, en m'expliquant avoir harcelé le rectorat pour obtenir un remplaçant, me fait passer un entretien … et me demande mon CV, mon expérience avec les élèves … bref la totale … avant de comprendre que j'étais un titulaire et pas un précaire ... comme elle devait le penser et imaginer déjà mon office de « bouche trou » !!!
Pour information quand même, elle a reçu un arrêté du Rectorat mentionnant mon nom, mon grade et tout le tintouin ...
Et comme on dit : un TZR qui fait des bornes, c'est qu'il vit encore …


Jean FAITDUCHEMIN
Cousin d'Yvon PABIEN’H

   


La chronique du 28 mars 2011

La recette de Ministère chef !

Ingrédients (pour un collège de 400 élèves)
- 15 profs titulaires à temps complet
- 5 profs titulaires à cheval sur 2 établissements
- 1 prof titulaire à cheval sur 3 établissements
- 2 stagiaires à temps plein
- 3 contractuels
- 1 seul chef d’établissement sans adjoint
- 1 CPE à temps partiel
- 6 assistants d’éducation donc 5 à mi-temps


Préparation :
- Réunir un conseil pédagogique, sans mentionner explicitement cette formulation dans le mail qui annoncera la réunion.
- Sans en informer ses membres, ne pas réunir la commission permanente avant le conseil d’administration puisque vous ne ferez pas voter la DGH.

- Dans un grand plat appelé TRMD, verser les heures de Français, de math, d’histoire-géographie.
- Remuer lentement tout en ajoutant quelques heures de langue vivante, SVT, Sciences physiques.
- Emincer l’EPS avec le socle commun et ajoutez-là.
- Ajouter une pincée de Techno, arts plastiques et éducation musicale.
Puis saupoudrez de quelques heures, hachées menues , d’aide aux devoirs et de travail en groupe.
- Prendre tour à tour 2 jolis postes.
- Détailler chaque poste puis coupez les en 4 morceaux d’une taille plus ou moins égale.
- Laisser le plus gros des morceaux pour le professeur dont le poste vient d’être coupé en quatre et préparez votre argumentaire fallacieux pour lui faire comprendre qu’il faudra qu’il complète son service dans l’établissement d’à côté (et ce d’autant plus que ses collègues pourront manger d’heures supplémentaires)
- Réduire le 2è morceau à feu doux jusqu’à qu’il prenne la couleur des heures supplémentaires et imposez les aux autres collègues de la matière (imposer au moins deux heures, partant du principe qu’une est non refusable donc qu’ils en accepteront bien une autre !)
- Remiser le 3è morceaux au frais jusqu’en juin, en pensant fort qu’il sera réutiliser par un TZR, épice rare et chère souvent remplacée par un vacataire.
- Pétrissez bien le 4è morceau puis aspergez-le d’une huile économiquement intéressante afin de le conserver pour des vacations et laissez macérer.
- Expliquerez aux professeurs que cette recette n’est pas la votre mais celle de l’IA et du Recteur.
- Ajoutez ces morceaux aux postes du TRMD, mélangez doucement et laissez reposer 2h dans l’ordinateur juste avant le conseil d’administration.

- Pendant ce temps, recevez quelques professeurs promis pour l’an prochain à une extension de leur garantie pédagogique dans l’établissement de la commune d’à côté.
- Présentez leur vaguement les décisions et insistez sur le fait qu’elles ne sont vraiment pas arrêtées (tout au moins dans leur tête !) mais ne laisser pas paraître que vous avez déjà fait votre choix en pensant très fortement à votre nouvelle prime promise par l’ancien DRH de L’Oréal.
- Une fois la préparation reposée, annoncez-la au conseil d’administration en insistant sur le caractère évolutif de la situation.
- Présentez le caractère inéluctable d’une telle organisation et faites comprendre à ceux qui ne l’entendraient pas ainsi qu’il faut être moderne et performant, que rien ne sert de rester nostalgique du passé et des conditions d’enseignement d’hier.
- Rappelez leurs que dorénavant, il faut faire autrement et avec moins, c’est le challenge de ce siècle.

- Reprenez votre préparation, ajouter le jus de 3 citrons pour rendre un peu plus acide au goût ainsi que 2 ou 3 brins de dédain.
- Enfournez le tout pendant 2 bonnes heures au milieu d’un conseil d’administration préalablement préchauffé.
Si la température n’est pas atteinte, annoncer que le vote sur la DGH (et le TRMD) que vous avez préparé, n’aura pas lieu et qu’il est repoussé à la fin de l’année.
- Ne répondez pas aux attaques qui vous accusent de supprimer 2 postes et de dégrader les conditions d’enseignement de votre collège.
- Restez sereinement à votre place de représentant de l’état et redites-le si nécessaire.
- A la fin de la cuisson, les visages des élus doivent être légèrement rosés voire pour les éléments les plus prêts du feu, bien rouges.
- Dès la fin de la cuisson sortez le plat du four et avec la prime que vous toucherez, achetez une bonne bouteille de « Moulin à vent » ou de « passe tout grain » pour accompagner le tout.
- Dégustez…


Yvon PABIEN’H

   


La chronique du 16 décembre 2010

S’ouvre ici une nouvelle petite chronique « bulletinienne » offrant sans aucun doute un regard acerbe et décalé sur ce qui fait notre quotidien de prof’ d’EPS, de citoyen, de parents d’élèves, de sportif, et plus encore…
N’étant ni membre de France Inter, ni à priori promis à le devenir, ma parole est libre et devrait le rester, le temps de quelques bulletins à venir.
Pour cette première, je voudrais revenir sur cet ingénieux dispositif qui vient d’être inventé : les stagiaires sans formation, à plein temps devant les élèves.
Je savais bien que le slogan suprême de « l’intérêt des élèves » n’était que slogan de com’ mais au fond de moi même, je pensais qu’il disait un peu la vérité.
On me mentirait ?
Là, depuis qu’un ancien DRH d’une société du CAC 40 a pris les rênes de l’Education Nationale, je mesure bien que les seuls intérêts de gestion économique prévalent sur les modifications du système…parce que nous le valons bien, je suppose !
Mais quand même, une question me taraude : comment une telle idée a pu, même effleurer des neurones, chatouiller un cortex, si l’on considère que ce dernier renferme un esprit mature et responsable ?
Comment, après s’être secoué la tête en se disant : « mais non, comment peux-tu penser à cela ? », l’idée est finalement restée jusqu’à être travaillée et mise en place ?

Pourquoi nos pilotes d’avion ne font pas leurs premiers vols au balai d’un A380 ?
Pourquoi nos chirurgiens ne commencent pas leur carrière, seuls, au bloc opératoire ?
Pourquoi nos enseignants, ne débutent pas seul face à 30 élèves, en milieu de trimestre ?
C’est vrai que ce n’est pas très important finalement, les gamins sont au chaud, ils ne trainent pas dans les rues, et puis…les stagiaires, ils ont quand même fait des études, non ?
Mécanique des fluides, fibrillation ventriculaire chez les marsupilamis, structures et dynamiques religieuses dans les sociétés de l'Occident latin du Troisième concile de Latran (1179) à la fin du concile de Bâle (1449), ils sont au top les étudiants de maintenant.
Mais en vrai, un élève, ça bouge, ça répond, ça ne comprend pas et ça comprend à la fois, ça n’a pas ses affaires, ça veut sortir avant la sonnerie, ça rigole et ça veut progresser aussi !
C’est pas facile comme boulot et ça s’apprend…un peu quand même !

Simulation, monsieur l’arbitre, simulation !!
Bah oui, c’est ça les futurs profs : ils doivent simuler…et ils n’ont pas le choix.
J’ai entendu à la radio que certains étaient en arrêt maladie…pas parce que ça va pas…non, non, au contraire parce que ça va bien, ils veulent continuer, ils en veulent !
Ils sont en arrêt pour moins simuler, pour avoir du temps pour préparer leur cours.
Ils sont pas fous ces stagiaires, ils se recréent le mi-temps professionnel.

Quel mépris pour le métier d’enseignant et pour ces jeunes collègues.
Quel mépris pour la connaissance, pour les élèves et leurs parents !

Mais…c’est quand même mieux que si c’était pire !

Yvon PABIEN’H